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5ème halte : Uzeste d'Audace ou l'art et la manière du vivre ensemble.

17 avr. 2018
7 min de lecture

Dans le lieu-dit Lespiet à Uzeste, trois familles d’amis se sont lancées dans un projet d’éco-habitat partagé ayant pour fondement la coopération. Ce pari du vivre-ensemble leur a été insufflé par la volonté d’accéder à la propriété, de mener une vie respectueuse de l’environnement et de développer des activités collectives dans une structure unique. Ainsi, il ne s’agissait pas de générer une communauté d’affranchis mais plutôt de créer « un lieu de vie privé en interaction sociale et environnementale avec son territoire » (extrait du dossier de présentation du projet Uzeste d’Audace).

Depuis 2016, Lucile, Yannick, Mickaël, Jean-Baptiste, Oualid, Nissaf et leurs cinq enfants ont acheté une propriété de 3 hectares. Initialement, celle-ci possédait une grande bâtisse avec une grange attenante ainsi qu’un bâtiment agricole. Ce dernier a été détruit afin de construire un éco-habitat. Quant à la bâtisse, elle est en cours de rénovation par l’emploi de matériaux écologiques, afin d’y accueillir deux familles. Le terrain est également pourvu d’une source naturelle, d’un petit bois et d’une prairie. Soit un contexte favorable à la mise en place d’une transition écologique au quotidien. Cette métamorphose s’observe aussi bien dans la structure que dans la substance du projet dont la dimension humaine est le facteur déterminant de son existence.


Partager son habitat de manière écologique représente une alternative de vie attirante lorsqu’il devient vital de prendre ses précautions avec les dérives de l’ère capitaliste. Ce projet découle de plusieurs constats. Premièrement, l’accès individuel à la propriété relève actuellement du défi quand, parallèlement, la construction conventionnelle se désagrège – d’ailleurs, au même titre que notre rapport à la nature. Deuxièmement, le constat de la perte de lien social et le besoin de renouer avec des valeurs de solidarité et d’entraide. Les six protagonistes ont donc décidé d’emprunter différentes voies pour réaliser leur dessein.

Le regroupement d’achat a donné naissance à une Société Coopérative Immobilière. Vivre en groupe permet de réduire les coûts économiques et les impacts écologiques inhérents à l’existence humaine, notamment par le traitement des déchets et le recyclage ou par la gestion commune de l’énergie. Par-delà les habitudes journalières, les habitants axent leur attention écologique au cœur même de leur habitat qu’ils conçoivent en analysant ses potentiels impacts sur l’environnement. Pour réaliser cette étude, ils ont fait appel à un artisan spécialisé dans l’éco-construction qui est également le maître d’œuvre des travaux.

Un autre objectif de ce projet est d’offrir l’accès à la terre pour un maraîcher qui installe sa micro-ferme biologique au sein d’une Zone Agricole Défavorisée (ZAD). Ce dernier s’est engagé à refuser l’usage du pétrole dans son activité. Au niveau du petit bois, il a fait creuser un étang ainsi qu’un canal pour y conduire l’eau de pluie. Ainsi, l’équilibre se maintient entre l’irrigation des jardins et celle des arbres.

Le volet ultime de cet éco-habitat partagé est la maison commune. Ce troisième édifice est pensé en coopération avec l'entourage social qui pourra s’en saisir pour y organiser des actions culturelles, écologiques et économiques. Doté d’un espace de co-working, il accueillera des associations et des activités économiques respectueuses de l’environnement. L’élaboration même de cette maison reflète l’importance que revêtent la transmission et l’échange pour les habitants. En effet, ces derniers imaginent une collaboration avec des élèves d’une école du BTP pour faire de la construction de cette maison un cas pratique, une expérimentation d’apprentissage de l’éco-construction ainsi qu’un tremplin pour la réinsertion sociale. Ce projet promet de jouer un rôle essentiel dans le développement de l’économie solidaire, sociale et culturelle du territoire sud-girondin.


Des valeurs communes fondent ce projet et lui donnent aujourd’hui sa raison d’être tout en assurant sa concrétisation et sa pérennité :

- Le respect de l’environnement aussi bien dans l’élaboration et la mise en œuvre de l’habitat que dans le comportement de ses habitants.

- La solidarité et la coopération.

- La transmission de connaissances et de savoir-faire grâce à la mise en relation de professionnels de la construction avec de jeunes diplômés du secteur.

Par exemple, la réalisation des plans des maisons a été effectuée par une architecte professionnelle à la condition qu’elle travaille avec l’aide d’un jeune diplômé d’école d’architecture. Par ailleurs, l’artisan encadrant les chantiers participatifs dispense également ses connaissances aux volontaires dans le cadre de demi-journées théoriques.


C’est là que nous entrons en scène... Nous sommes le 12 mars 2018, il est 19h et nous foulons pour la première fois le sol boueux (il pleut sans cesse depuis des semaines) de la propriété d’Uzeste d’Audace. Entre chien-et-loup, nous garons le camion dans le parking et scrutons les alentours. On aperçoit la lumière qui émane d’une fenêtre au loin alors on se rapproche. Dans la pénombre, on devine des mobile-homes, des vans et une caravane. Le terrain descend légèrement et nous nous retrouvons au milieu de tables et de chaises de jardins. La porte-fenêtre d’où filtre le rayon lumineux est toute proche. Nous nous avançons jusqu’au seuil et la poignée est à peine tirée que nous voici enveloppés de la chaleur du poêle et de la cuisinière. Une agréable odeur s’échappe du four pour nous chatouiller les narines. Six nouvelles têtes nous font face et nous sourient. Ce sont les autres volontaires qui nous accueillent prestement. Et nous voilà embarqués dans un chantier d’enduits intérieurs en terre-paille au sein d’un projet d’habitat partagé.



Chaque semaine est organisée autour de quatre journées de travail et d’une matinée théorique, le tout encadré par Thomas, artisan professionnel de l’éco-construction. Nous avons principalement opéré dans la maison en pierre, celle qui accueillera deux familles.

L’enduit que nous avons utilisé avait une double fonction :

  • protéger l’isolation intérieure composée de paille compactée dans une ossature en bois et apposée contre les murs en pierres ;

  • servir de support pour l’enduit de finition.

Plan de la bâtisse principale

Nous avons appliqué la couche d’enduit de corps soit directement sur la pierre en ayant au préalable mis le gobetis (une fine couche d’accroche), soit sur une première couche d’enduit de corps déjà exécutée.

Processus des enduits en terre-paille :

  • l’argile sert de colle

  • le sable évite les craquements et renforce la matière

  • la paille résiste à la traction

  • © François Chapelet
  • © François Chapelet

Le terre-paille est une technique de construction écologique. Les matériaux employés sont locaux : la terre est directement extraite du terrain et la paille provient d’un agriculteur voisin. Ils fournissent une bonne isolation thermique, c’est-à-dire qu’ils résistent aux variations du chaud et du froid en cassant la température qui entre dans la maison. La paille isole en captant l’air et la terre absorbe l’énergie pour la relâcher lentement, elle a une forte inertie. Enfin, terre et paille procurent une isolation phonique adéquate.




Uzeste d’Audace, un éco-habitat partagé inspirant


Tu rêves de créer un éco-projet pour trouver l’harmonie intérieure en donnant du sens à tes actes. Et là, tu tombes dans le chantier participatif d’un éco-habitat partagé à la gouvernance déjà bien ficelée. C’est sur le brio de cette organisation que tu souhaites t’attarder un temps, en noter les logiques internes et en transmettre les étapes autour de toi. Si cela aide des rêveurs à se lancer, la Terre récoltera quelques secondes de répit en plus.


L’éco-habitat partagé Uzeste d’Audace est un projet qui s’inscrit dans la durée. Prendre le temps de vivre à travers la construction afin d’ancrer de solides bases entre et autour d’eux. Dès les débuts, avant même de démarrer la phase concrète des travaux, l’émergence du projet s’est étirée sur quatre années au cours desquelles se sont succédées et parfois télescopées plusieurs étapes.


D’abord, il y a eu le jaillissement d’une idée. Partager un habitat et coopérer.

Ensuite, se sont réunies des personnes stimulées par la perspective de vivre en collaborant. Puis, le groupe s’est mis à la recherche d’un terrain tout en réfléchissant aux principes communs incontournables. Un terrain spacieux, arboré et à la biodiversité affirmée. Un terrain situé à Uzeste et nulle part ailleurs.

Des individus sont partis cheminer ailleurs, d’autres sont restés et ont tendu l’oreille. Et, finalement, dans l’écoute et le respect des besoins et des envies de chacun, une identité collective s’est dessinée. Une éthique générale s’est affinée. Et les futurs habitants ont écrit leur projet pour qu’il leur apparaisse clairement. Pour le diffuser vers divers interlocuteurs.


Et puis vint le tournant. L’année où vous avez acquis votre terrain. Cette année là, tout s’est accéléré. Vous vous êtes mis d’accord sur la forme juridique à donner à votre projet : une Société Coopérative Immobilière à capital variable. Une entité morale pour accorder la liberté aux individus de revendre leurs parts à tout moment. Un cadre pour empêcher la spéculation foncière. Pour vous accompagner, vous avez fait appel à l’association At’coop qui apporte son expertise dans la conduite de projets d’habitats coopératifs en Nouvelle Aquitaine.Vous avez multiplié les réunions dont la cadence est devenue hebdomadaire. Il faut dire qu’il y en avait des choses à réaliser : l’écriture des statuts de la SCI, sa création, la rédaction d’une charte où chaque cas de figure est à envisager. Oui parce que même si vous partagez une amitié de longue date, la promiscuité peut modifier les rapports humains les plus profonds. D’ailleurs, c’est en portant votre attention sur la question de l’humain et toute la complexité dont il peut faire preuve que vous vous êtes tournés vers des outils spécifiques pour apprendre à vivre ensemble sainement.

Vous avez suivi une formation de Communication Non Violente ;

Vous vous réunissez hebdomadairement pour énoncer vos priorités, prévenir de vos éventuels plans à l’extérieur et vous répartir les tâches courantes ;

Vous organisez une réunion mensuelle d’une journée complète qui a lieu hors de l’éco-habitat et en présence d’un médiateur. Cette réunion est un exutoire ; elle permet d’exprimer les frustrations et les peurs tout autant que les joies. Elle désamorce les conflits et vous rassure. Elle est un temps de ressourcement et de recentrement pour chacun. Un temps où l’on se remémore de prendre soin de chacune de ses « zones » :

la zone 0 – la relation avec soi-même,

la zone 1 – le couple,

la zone 2 – la famille,

la zone 3 – les autres habitants,

la zone 4 – les personnes temporairement impliquées qui résident dans l’éco-habitat,

la zone 5 - l'extérieur.

Chaque zone compte et mérite une attention bienveillante pour parvenir à « faire société ».


Dans le cas de cet éco-habitat partagé, le temps consacré à l’élaboration du projet a porté ses fruits puisqu’aujourd’hui Uzeste d’Audace est en pleine croissance grâce à l’aide d’une centaine de bénévoles et au soutien des politiques locaux, départementaux et même régionaux. Cette expérience de trois semaines au contact des habitants a mis en avant l’importance de la cohérence entre les propos et les actes lorsque l’on mène un projet coopératif.



  • © François Chapelet
  • © François Chapelet
  • © François Chapelet
  • © François Chapelet
  • © François Chapelet

Une reconnaissance immense envers chacune des magnifiques personnes rencontrées à Lespiet ! Nous nous reverrons bientôt pour fêter la fin du chantier de construction.










 
 
 

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